À travers les paysages de tourbières de la province de l’Équateur, en République démocratique du Congo, une dynamique coordonnée est en cours pour renforcer les processus de prise de décision, élargir la participation des acteurs et améliorer la gestion des écosystèmes. Dans le cadre d’une mission de terrain multi-partenaires, soutenue par l’Initiative internationale pour le climat (IKI) du gouvernement allemand, et mise en œuvre sous l’égide de l’initiative pour le Basin du Congo (CBLI) coordonné par le PNUE, des plateformes intersectorielles ont été mises en place et opérationnalisées avec succès dans plusieurs territoires clés — marquant une avancée importante vers une gouvernance plus inclusive et coordonnée des tourbières.
Du dialogue local à l’action coordonnée
Entre fin février et mi-mars 2026, une équipe conjointe composée des experts de l’Unité de Gestion des Tourbières (UGT), du PNUE, des partenaires de mise en œuvre a mobilisé les parties prenantes dans les territoires de Mbandaka, Makanza, Bikoro, Bomongo et Lukolela. Ces échanges ont combiné discussions techniques, ateliers participatifs et dialogues institutionnels afin de soutenir la mise en place et l’opérationnalisation de plateformes locales dédiées à la gouvernance des tourbières.
Ces plateformes réunissent une diversité d’acteurs — autorités administratives et politiques, chefs coutumiers, représentants de la société civile, peuples autochtones et communautés locales, avec une attention particulier sur les femmes et des jeunes — avec une composition variant généralement entre 24 et 35 membres. Cette diversité reflète une volonté affirmée de garantir des processus décisionnels inclusifs, représentatifs et ancrés à la fois dans les réalités locales et les connaissances techniques.
La mission a également marqué ses premières interventions à Makanza et Lukolela, élargissant ainsi la portée géographique de l’initiative et ouvrant de nouvelles perspectives de collaboration dans des zones jusque-là peu couvertes.
Des plateformes au service d’une gouvernance inclusive
Au cœur de cette initiative se trouve la reconnaissance que la gestion durable des tourbières ne repose pas uniquement sur des solutions techniques, mais nécessite des dispositifs de gouvernance efficaces favorisant le dialogue, la coordination et l’appropriation collective.
Les plateformes intersectorielles sont conçues comme :
- Des espaces de dialogue, permettant aux différentes parties prenantes d’échanger et d’aligner leurs priorités ;
- Des mécanismes de coordination, reliant des secteurs et institutions souvent cloisonnés ;
- Des cadres de prise de décision, facilitant des approches plus cohérentes et éclairées en matière d’aménagement du territoire et de conservation.
Les ateliers organisés ont permis d’identifier les principaux défis liés à la gestion des tourbières, tout en favorisant la co-construction de mécanismes de gouvernance, de rôles et de feuilles de route pour chaque plateforme. Dans ce processus participatif, les acteurs ont également défini l’identité et la structure de leurs plateformes, notamment à travers le choix de noms porteurs de sens au niveau local.
« Nous devons trouver un nom qui parle aux communautés, afin que chacun comprenne de quoi il s’agit », a expliqué un enseignant de Lukolela lors de l’atelier. « Notre choix — “Tobatela Elobo na biso” — montre clairement que notre objectif est de protéger nos tourbières, telles qu’elles sont connues localement. »
Cette attention portée aux langues et aux référents locaux illustre l’importance d’ancrer les mécanismes de gouvernance dans les réalités communautaires, afin d’en garantir la compréhension et l’adhésion sur le long terme.
Ces dynamiques de co-construction ont également mis en évidence la valeur de la combinaison des savoirs scientifiques, des cadres politiques et des connaissances locales — une approche au cœur de la vision intégrée des paysages portée par le CBLI.
Enseignements du terrain : cohérence et appropriation locale
L’un des principaux enseignements est l’émergence d’un modèle de gouvernance cohérent à travers les différents territoires. Malgré des contextes variés, les plateformes présentent des structures, une composition et des objectifs similaires — signe d’un fort alignement et d’une appropriation locale.
La participation active des communautés, notamment des femmes et des jeunes, confirme une reconnaissance croissante du fait que la gestion durable des paysages dépend avant tout de celles et ceux qui vivent au plus près de ces écosystèmes et qui en dépendent. Leurs contributions ont enrichi les échanges, ancré les priorités dans les réalités vécues et renforcé la légitimité des plateformes en tant que mécanismes de gouvernance territoriale.
Relier l’action locale à l’impact régional
Bien qu’ancrées dans des territoires spécifiques, ces plateformes s’inscrivent dans une ambition plus large : renforcer les systèmes de gouvernance à l’échelle du Bassin du Congo afin de soutenir la résilience climatique, la conservation de la biodiversité et des moyens de subsistance durables.
En facilitant la coordination et en produisant des connaissances ancrées localement, ces plateformes contribueront à l’élaboration des stratégies nationales sur les tourbières, tout en alimentant les dynamiques d’apprentissage au niveau local et régional. Leur structure et leur approche offrent également des perspectives de réplication et de mise à l’échelle dans d’autres paysages confrontés à des défis similaires.
Ce lien entre l’échelle locale et régionale est au cœur de l’approche du CBLI — garantir que les solutions mises en œuvre sur le terrain contribuent à des transformations systémiques à l’échelle du bassin.
Les bases d’un changement durable
La mise en place de ces plateformes représente bien plus qu’une série de réunions — elle marque le début d’un processus durable de collaboration, de dialogue et de gouvernance adaptative.
À mesure que ces mécanismes se consolident, ils joueront un rôle clé pour :
- renforcer la coordination entre les acteurs,
- soutenir la planification intégrée de l’utilisation des terres,
- et garantir que les efforts de conservation et de développement soient à la fois inclusifs et durables.
En rassemblant des voix diverses autour d’objectifs communs, cette initiative pose les bases de paysages plus résilients et de systèmes de gouvernance plus équitables dans l’un des écosystèmes les plus essentiels au monde.
Pour aller plus loin :
Un article publié par l’ACP revient sur la mise en place de la plateforme à Mbandaka et apporte un éclairage complémentaire sur cette dynamique locale :
Mise en place d’une plateforme sur la thématique tourbière à l’Équateur
https://acp.cd/province/mise-en-place-dune-plateforme-sur-la-thematique-tourbiere-a-lequateur/