Une étape majeure en matière de gouvernance durable des paysages a été franchie dans le sud du Cameroun avec la mise en place officielle de trois Commissions Communales de Gestion du Paysage (CCGP) dans les municipalités de Mintom, Djoum et Oveng. Entre le 10 et le 12 juin 2026, ces trois conseils municipaux ont officiellement installé ces organes de gouvernance permanents, marquant ainsi une transition systémique décisive de la phase de planification et de consultation vers l'action locale institutionnalisée.
Soutenue par le projet paysage Dja du GEF-8 (Fonds pour l'environnement mondial), sous la supervision technique du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) et mise en œuvre par le Ministère de l'Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement Durable du Cameroun (MINEPDED) via son partenaire d'exécution ECO-ph, la création de ces commissions démontre que le cadre de gouvernance du projet est passé du concept et de la conception à une réalité opérationnelle.
Des structures transitoires aux institutions permanentes
La création des Commissions Communales de Gestion du Paysage est le point culminant d'un processus minutieusement planifié qui a débuté en février 2026. Mintom a été la première commune à établir un comité ad hoc pour la gouvernance du paysage (Mintom ayant signé la première décision portant création d'un comité ad hoc) dans le paysage du Dja ; Djoum a suivi avec l'arrêté municipal n° 010-2026, et Oveng a fermé la marche de ce trio par le biais de son propre comité ad hoc.
Ces comités temporaires avaient pour mandat d'examiner, d'affiner et de valider le cadre institutionnel des futures commissions. Entre février et mars 2026, des comités de réflexion dédiés ont travaillé à l'élaboration des structures de gouvernance, des procédures opérationnelles et des arrangements institutionnels. Leurs recommandations ont ensuite été validées lors d'ateliers de parties prenantes organisés à Mintom le 25 mars, à Djoum le 26 mars et à Oveng le 27 mars 2026.
Le processus a connu son aboutissement formel en juin, lorsque chaque Sous-préfet a présidé l'installation des commissions nouvellement constituées. Les cérémonies se sont déroulées à Mintom le 10 juin, à Djoum le 11 juin et à Oveng le 12 juin 2026, à la suite de la signature des arrêtés municipaux par les maires respectifs, actant officiellement la création des commissions et adoptant les documents-cadres validés.
Une gouvernance inclusive à l'échelle locale
Chaque Commission Communale de Gestion du Paysage est composée de 17 membres et est présidée par le Maire ou son représentant désigné, le Secrétaire Général de la commune assurant le rôle de rapporteur.
La composition des commissions a été volontairement pensée pour garantir une large représentation et une prise de décision inclusive. Elle comprend des conseillers municipaux des villages du paysage, des représentants d'agriculteurs, de chasseurs et de coopératives, des chefs traditionnels des communautés riveraines, des associations de femmes, des organisations de la société civile, des acteurs du secteur privé, des représentants de la jeunesse ainsi que des membres de la communauté autochtone Baka.
L'inclusion formelle de représentants autochtones Baka — un homme et une femme au sein de chaque commission, aux côtés des représentants des femmes et des jeunes — est particulièrement remarquable. Cela traduit les engagements pris tout au long du processus de Consentement Libre, Informé et Préalable (CLIP) et garantit que les groupes historiquement marginalisés disposent d'une voix reconnue dans la gouvernance du paysage.
À l'échelle des trois municipalités, plus de 50 personnes siègent désormais au sein de ces commissions, tandis que 126 participants ont assisté aux ateliers d'installation, ce qui souligne la forte appropriation locale de cette initiative.
Une nouvelle architecture de gouvernance pour le paysage du Dja
Les Commissions Communales de Gestion du Paysage constituent la colonne vertébrale opérationnelle de la gouvernance locale du paysage. Leur mandat comprend :
- La coordination de la participation des parties prenantes ;
- Le conseil en matière de planification de l'utilisation des terres et de délimitation territoriale ;
- Le soutien aux initiatives de conservation de la biodiversité ainsi qu'à l'adaptation et l'atténuation du changement climatique grâce à des solutions fondées sur la nature ;
- L'intégration des priorités du paysage dans les plans et budgets de développement communaux ;
- La promotion du dialogue afin de prévenir et résoudre les conflits liés à l'utilisation des terres.
Pour garantir la redevabilité et la continuité, chaque commission est tenue de se réunir au moins une fois par trimestre. Des dispositions ont également été prises pour garantir leur fonctionnalité : si le président de la commission ne convoque pas de réunion dans un délai de six mois, les deux tiers des membres peuvent solliciter l'intervention de l'autorité administrative locale (la tutelle) pour le faire.
Des mécanismes de résolution des conflits ont été intégrés à plusieurs niveaux du cadre de gouvernance. Les litiges au niveau des villages sont traités par les structures de chefferie traditionnelle ; les différends communaux sont gérés par les commissions elles-mêmes (avec un recours administratif si nécessaire) ; et les conflits plus larges à l'échelle du paysage relèvent de la compétence du futur Comité de Gestion du Paysage du Dja.
Ces commissions constituent le palier municipal d'un système de gouvernance plus large à deux niveaux. À l'échelle du paysage, le futur Comité de Gestion du Paysage du Dja (CGP-Dja) assurera la supervision stratégique via un cadre de coopération décentralisée reliant toutes les communes participantes. Ce mécanisme s'appuie sur l'article 94(1) de la loi n° 2019/024 et se trouve renforcé par la désignation du paysage du Dja comme Zone d'Action Prioritaire (ZAP) en vertu de la loi n° 2011/008, permettant ainsi une mise en œuvre sectorielle coordonnée et différenciée des politiques (foresterie, agriculture, eau, énergie, etc.).
Renforcement des capacités et pérennisation à long terme
Les commissions étant désormais officiellement installées, l'attention se tourne vers leur opérationnalisation. Chaque organe élaborera son propre règlement intérieur et bénéficiera d'un appui ciblé en renforcement des capacités en matière de gouvernance locale, de gestion des ressources naturelles et de résolution des conflits.
Des plans d'action triennaux seront élaborés pour guider la mise en œuvre, tandis que les municipalités commenceront à intégrer les priorités du paysage dans leurs processus locaux de planification et de budgétisation. Mintom a d'ores et déjà programmé sa première réunion statutaire de commission pour le mois de juillet 2026.
L'une des priorités majeures de la première année sera le développement de mécanismes de financement durables. Des discussions sont déjà en cours sur différentes options, notamment des contributions municipales directes et des mécanismes de financement innovants via le FEICOM (Fonds Spécial d'Équipement et d'Intervention Intercommunale), y compris des retenues à la source affectées à un compte joint dédié au paysage.
À Djoum, le processus d'installation a été complété par des études cartographiques participatives dans les villages d'Akontangan, Melen Bulu et Akom Zaman. Les membres de la communauté ont travaillé aux côtés des équipes techniques pour identifier les zones dégradées et prioriser les interventions de restauration, illustrant ainsi l'approche participative et factuelle qui guidera les activités futures de la commission.
Poser les fondations d'une gouvernance à l'échelle de tout le paysage
La création de ces trois Commissions Communales de Gestion du Paysage représente bien plus qu'une simple réussite administrative. Ces institutions sont les piliers fondateurs d'un système de gouvernance étendu à tout le paysage, qui unira à terme les municipalités, les agences gouvernementales, les peuples autochtones, la société civile et les partenaires au développement autour d'une vision partagée pour la gestion durable du paysage du Dja.
Depuis les premières consultations des parties prenantes et les processus CLIP, en passant par le travail des comités ad hoc, jusqu'à la signature de décisions municipales juridiquement contraignantes, le parcours de la gouvernance du paysage du Dja a progressé de manière constante et délibérée.
Aujourd'hui, ce parcours a franchi une étape historique. Le cadre de gouvernance ne se limite plus à des documents stratégiques et à des plans de projet. Il s'incarne désormais dans des institutions permanentes et fonctionnelles, ancrées dans les structures de l'administration locale et portées par la participation communautaire.