Dans les paysages de tourbières de Bikoro, Province de l’Equateur, République démocratique du Congo, un groupe de femmes autochtones redéfinit discrètement leur perception des moyens de subsistance durables — en renforçant la résilience de leurs familles tout en contribuant à la préservation de l’un des écosystèmes les plus importants au monde.
En travaillant avec le WWF, ces femmes améliorent des pratiques agricoles adaptées à l’écosystème des tourbières, tout en développant de nouvelles opportunités qui vont au-delà de la simple production.
De la production à la création de valeur
Pour Mpia Boika Nadine, Mpia Ipeko Lundi, Manda Selala Hortence, Meti Mwanya Annuarite et Ebonga Ipeko Chimene, le manioc (kuanga) et l’arachide (ngumba) font depuis longtemps partie du quotidien. Grâce aux formations et à l’appui fournis par le WWF, avec le soutien de l’Initiative internationale pour le climat (IKI) du gouvernement allemand, elles améliorent aujourd’hui les méthodes de culture et de transformation de ces cultures, augmentant ainsi leur productivité et les bénéfices en resultant.
Le développement d’une chaîne de valeur locale — du champ à la transformation — a été déterminant. L’introduction de technologies de cuisson améliorées a permis de rendre la transformation du manioc plus rapide et plus efficace, en réduisant la pénibilité du travail tout en améliorant la qualité des produits. Certaines femmes ont également pu diversifier leurs activités, notamment en développant de petits élevages.
Jean Mputu Ipeko, agronome appuyant les activités, travaille en étroite collaboration avec le groupe afin de renforcer les techniques utilisées et de s’assurer qu’elles restent adaptées aux conditions spécifiques des écosystèmes de tourbières.
« Nous sommes très satisfaites de ce projet »
Les effets de ces changements sont déjà visibles.
« To sepela mingi na projet oyo », ont partagé les femmes — « Nous sommes très satisfaites de ce projet ».
L’amélioration de la production s’est traduite par une augmentation et une plus grande stabilité des revenus. Pour beaucoup, cela signifie pouvoir payer les frais de scolarité des enfants, couvrir les dépenses de santé et commencer à constituer une épargne ou à contribuer à des fonds de solidarité communautaires.
Ces avancées, bien que progressives, représentent des étapes importantes vers une plus grande autonomie financière et une meilleure sécurité économique.
Les femmes au cœur des paysages durables
Au-delà des bénéfices économiques, cette initiative met en lumière le rôle central des femmes dans la gestion et la préservation des paysages de tourbières. Leur savoir-faire, leur engagement et leur organisation sont essentiels pour maintenir l’équilibre entre production et conservation.
En soutenant des pratiques agricoles adaptées aux réalités locales et en renforçant les chaînes de valeur, l’initiative pour le Bassin du Congo (CBLI) et ses partenaires contribuent à faire en sorte que les moyens de subsistance et la protection des écosystèmes se renforcent mutuellement — une approche essentielle dans les tourbières, qui stockent d’importantes quantités de carbone et abritent une biodiversité unique.
Des défis qui persistent
Malgré ces avancées, des défis persistent.
L’accès à la terre demeure une préoccupation majeure. Beaucoup de ces femmes cultivent des parcelles louées, ce qui les rend vulnérables à des augmentations soudaines des coûts, notamment lorsque la production s’améliore. Cette incertitude limite leur capacité à planifier, investir et développer leurs activités de manière durable.
La sécurisation de l’accès à la terre a été identifiée comme une priorité, non seulement pour protéger leurs moyens de subsistance, mais aussi pour renforcer la gestion durable des paysages dont elles dépendent.
Un autre défi évoqué concerne la faible implication des hommes dans les activités agricoles. Certaines femmes ont indiqué que leur participation est souvent conditionnée à une rémunération, ce qui peut affecter la productivité et le rendement. Malgré cela, les femmes poursuivent leur travail avec détermination et organisation.
Vers des paysages inclusifs et résilients
L’expérience de Bikoro illustre une leçon essentielle au cœur de l’approche du CBLI : des paysages durables se construisent à travers des solutions inclusives, ancrées localement, qui prennent en compte les réalités et les aspirations des communautés.
En combinant appui technique, engagement communautaire et partenariats, de telles initiatives ouvrent des voies où conservation et développement avancent ensemble.
Pour ces femmes, les progrès sont tangibles — mais les défis à relever le sont tout autant. Renforcer la sécurisation foncière, élargir les opportunités et continuer à soutenir des initiatives portées par les communautés seront essentiels pour pérenniser et amplifier ces acquis.
Leurs voix — et leurs actions — rappellent une vérité simple mais fondamentale : une conservation durable commence par les personnes.