Transformer la production durable des matières premières dans le bassin du Congo

two men in a storehouse
09 septembre 2025
Des chaînes de valeur fondées sur la science et les bonnes pratiques

Au cœur de l’Afrique centrale, où plus de 2,8 millions de kilomètres carrés de forêts stockent environ 30 gigatonnes de carbone et soutiennent les moyens de subsistance de plus de 130 millions de personnes, le Programme intégré pour les forêts du Congo financé par le FEM et dirigé par le PNUE contribue à une transformation en profondeur. En créant des liens avec les marchés internationaux, en mettant à l’échelle des modèles qui ont fait leurs preuves, notamment du paysage TRIDOM au Cameroun jusqu’à la Réserve communautaire du lac Télé (RCLT) en République du Congo, et en fondant les interventions sur des approches scientifiques rigoureuses, cette approche intégrée montre comment protection de l’environnement, croissance économique, autonomisation des communautés et science peuvent agir de concert pour produire des changements durables dans l’un des écosystèmes forestiers les plus importants au monde..  

Une transformation confirmée par des résultats concrets

Le bassin du Congo est soumis à une pression croissante due aux pratiques d’utilisation non durable des terres. L’expansion agricole, notamment pour des produits de base tels que le cacao et, potentiellement, l’huile de palme, représente une menace pour certains des écosystèmes les plus riches en biodiversité de la planète. Cette pression est accentuée par un engagement variable du secteur commercial et par les effets du changement climatique, notamment la dégradation des habitats et la modification des régimes hydrologiques.

Dans le secteur du cacao, l’approche du Programme répond à ces défis à travers des formations visant notamment à lutter contre des problèmes tels que la pourriture des cabosses, un appui technique à des pratiques agroforestières durables permettant aux producteurs de cultiver le cacao sous couvert forestier en utilisant des méthodes de traitement naturelles, ainsi qu’un accompagnement pour faciliter l’accès aux marchés et mettre les producteurs en relation avec des organismes internationaux de certification. Ces approches favorisent l’augmentation des rendements tout en contribuant à réduire la nécessité de défricher de nouvelles forêts pour créer des plantations, démontrant ainsi que protection de l’environnement et croissance économique peuvent aller de pair.

Les chiffres parlent d'eux-même. Dans le paysage TRIDOM, dans le sud du Cameroun, la SCOOPS-PROCAM (Société Coopérative Simplifiée des Producteurs de Cacao de Mintom) est passée de seulement 28 membres à 186 membres depuis sa création en 2018. Les bénéfices ont quadruplé au cours de cette période et la production a considérablement augmenté, passant de 16 tonnes en 2018 à 58 tonnes durant la campagne 2022–2023, première année de certification de la coopérative.. 

Des partenariats stratégiques avec des entreprises majeures du secteur des matières premières contribuent à cette transformation. Le Programme a établi des collaborations entre des coopératives locales de producteurs de cacao et des entreprises internationales de commercialisation afin de promouvoir une production durable. Ces partenariats favorisent la mise en place de chaînes d’approvisionnement exemptes de déforestation en reliant les petits producteurs aux marchés mondiaux grâce à des normes environnementales strictes, notamment la certification Rainforest Alliance, ainsi qu’à des mesures de protection sociale fondées sur les principes des Nations Unies relatifs aux droits humains.

Des accords formels illustrent également l’engagement du Programme en faveur de partenariats pouvant être mis à l’échelle. Des protocoles d’accord signés avec Diamond SA, ainsi que les négociations en cours avec COFCAO/Atlantic Cocoa/Theobroma, visent à garantir la traçabilité au niveau des exploitations et à exclure des chaînes d’approvisionnement internationales le cacao provenant des aires protégées et des zones à forte biodiversité.

Pour les communautés autochtones telles que les Baka, ce modèle contribue à améliorer les revenus tout en protégeant leur environnement. René Etoua Meto'o, producteur de cacao issu de la communauté baka et dont les cacaoyers se trouvent dans la forêt tropicale près de Mintom, illustre cette transformation. 

« Ce qui me fait le plus plaisir, ce sont les différentes formations que nous avons reçues sur la production de cacao, qui nous ont permis de mieux comprendre les meilleures pratiques de production du cacao », explique René. « Ma famille reçoit désormais un prix plus élevé pour notre cacao, ce qui nous permet de subvenir à nos besoins et d’investir pour produire un meilleur cacao. »  En savoir plus sur René

Partager et mettre à l’échelle les enseignements tirés

Un système régional de gestion des connaissances facilite la collaboration transfrontalière grâce à des protocoles standardisés de partage des données, permettant aux parties prenantes d’échanger les enseignements tirés et de reproduire les modèles qui ont fait leurs preuves.

Un exemple est l’évaluation de l’agroforesterie cacaoyère réalisée dans le paysage du lac Télé entre mai 2023 et mars 2024. Cette étude a recensé 318 producteurs de cacao (255 hommes et 63 femmes) dans 15 villages, cultivant au total 200 hectares. Parmi eux, 160 producteurs (142 hommes et 18 femmes) ont été sélectionnés pour bénéficier d’un accompagnement technique ciblé sur la base de six critères : une superficie minimale d’exploitation de 0,5 hectare ; l’engagement en faveur de pratiques durables, notamment l’agroforesterie et l’absence de déforestation ; le niveau de vulnérabilité ; la volonté d’obtenir une certification telle que Rainforest Alliance ; la proximité de zones à forte biodiversité ; et l’exercice de responsabilités au sein des réseaux de producteurs. 

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Man raking seeds
Développer les connaissances pour une production durable d’huile de palme

La chaîne de valeur du cacao n’est pas la seule dans laquelle le Programme intégré pour les forêts du Congo produit des effets dans le bassin du Congo.

Un élément central de l’approche du Programme consiste à développer des ressources de connaissances complètes sur la production durable d’huiles végétales, avec un accent particulier sur l’huile de palme.

L’étude de référence intitulée « Cartographie des plantations de palmiers à huile et leurs implications sur la perte des forêts et des habitats des grands singes en Afrique centrale », réalisée dans le cadre du Programme intégré pour les forêts du Congo, a montré que si l’huile de palme contribue relativement peu à la perte globale d’habitats des grands singes par rapport à d’autres facteurs de déforestation, l’augmentation rapide des superficies cultivées — notamment par les petits producteurs — fait peser des risques croissants dans un contexte de hausse de la demande mondiale en huiles végétales.

Ces travaux permettent à nos partenaires d’accompagner les communautés locales dans la prise de décisions éclairées concernant le développement durable de la filière de l’huile de palme dans le bassin du Congo.

Aller plus loin : mettre à l’échelle les modèles qui ont fait leurs preuves

La prochaine phase du Programme intégré pour les forêts du Congo verra les efforts visant à créer des chaînes d’approvisionnement exemptes de déforestation s’intensifier, grâce à la collaboration avec de nouveaux partenaires du secteur privé et à l’élargissement des programmes de certification garantissant le respect des normes environnementales et sociales.

Il s’agira notamment de renforcer les programmes de formation aux pratiques agricoles durables, d’améliorer les systèmes de traçabilité et de développer de nouveaux mécanismes de financement rendant la production durable économiquement attractive pour les petits producteurs.

Les résultats de l’étude de cartographie de l’huile de palme seront également intégrés à ces efforts. Ils fourniront des données permettant d’orienter une expansion durable de la culture du palmier à huile et d’éviter une nouvelle progression des plantations dans les habitats des grands singes.

Une vision pour une transformation régionale

Les forêts du bassin du Congo ne sont pas seulement des réservoirs de carbone ou des refuges pour la biodiversité ; ce sont des paysages vivants où des millions de personnes construisent leurs moyens de subsistance.

Grâce à l’innovation continue dans les partenariats public-privé et au renforcement du pouvoir d’action des communautés, le tout soutenu par la recherche et les données scientifiques, le Programme intégré du FEM pour les forêts du Congo montre que la protection des zones à forte biodiversité et le soutien aux communautés dépendantes des forêts ne sont pas des objectifs contradictoires. Ils constituent au contraire deux voies complémentaires vers un avenir plus durable.

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