Projet Paysage du Dja au Cameroun : donner aux communautés les moyens de contribuer à l’objectif mondial 30x30 pour la biodiversité

Mapping in the Messok village of the Dja landscape
13 octobre 2026

Grâce à la conservation communautaire, à la cartographie participative et au renforcement de la gouvernance locale, le Cameroun prépare la mise en place d’autres mesures de conservation efficaces par zone (OECMs) dans les forêts entourant la Réserve de faune du Dja.

Traduire les engagements mondiaux en faveur de la biodiversité en actions locales

En décembre 2022, les pays ont adopté le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal (CMB), un plan mondial visant à enrayer et à inverser la perte de biodiversité d’ici à 2030, avec pour ambition de vivre en harmonie avec la nature à l’horizon 2050.

Au cœur de ce cadre figure la cible 3, communément appelée l’objectif 30x30, qui prévoit qu’au moins 30 % des terres, des eaux intérieures, des zones côtières et des océans de la planète soient effectivement conservés d’ici à 2030. Cela comprend les aires protégées ainsi que les autres mesures de conservation efficaces par zone (OECMs).

Atteindre cet objectif ne consiste pas uniquement à créer de nouvelles aires protégées. Il s’agit également de reconnaître et de soutenir d’autres espaces qui produisent des effets durables en faveur de la biodiversité, renforcent la connectivité écologique et font l’objet d’une gouvernance équitable.

Au Cameroun, le projet Paysage du Dja contribue à traduire cette ambition mondiale en actions concrètes sur le terrain.

Le projet, intitulé Renforcement de la gouvernance et de la connectivité des écosystèmes pour la conservation de la biodiversité et l’amélioration des moyens de subsistance dans le paysage du Dja (identifiant FEM : 11242), est financé par le Fonds pour l’environnement mondial (FEM) dans le cadre de son huitième cycle de reconstitution (FEM-8). Il est mis en œuvre par le ministère de l’Environnement, de la Protection de la nature et du Développement durable (MINEPDED), sous la supervision technique du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), qui en est l’agence d’exécution du FEM.

Le projet vise à renforcer la gouvernance et la connectivité écologique des forêts entourant la Réserve de faune du Dja, tout en améliorant les moyens de subsistance des populations locales.

Dans le cadre de sa composante 2, consacrée à la gestion des aires protégées et à la connectivité, le projet travaille avec ses partenaires pour lutter contre la déforestation, la perte de biodiversité, l’exploitation forestière illégale et d’autres pressions qui s’exercent sur le paysage. Un objectif prioritaire du produit 2.3 consiste à préparer la mise en place d’OECMs permettant de s’attaquer aux causes profondes de la dégradation des forêts et de la perte de biodiversité.

Les communautés cartographient l’avenir de la conservation

Dans 19 villages forestiers situés autour de la Réserve de faune du Dja, les communautés consacrent depuis huit mois des efforts à la cartographie des espaces les plus importants pour leur environnement et leurs moyens de subsistance.

Avec l’appui du partenaire de mise en œuvre du projet, les habitants ont identifié des habitats fauniques, des sites d’importance culturelle ainsi que des zones traditionnelles de chasse et de collecte. Chaque village a validé sa propre carte, constituant ainsi un inventaire de plus de 100 sites potentiels à haute valeur de conservation, élaboré avec la participation des communautés.

Ces cartes constituent une base importante pour identifier les espaces susceptibles de répondre aux critères des OECMs. Elles permettent également de rapprocher les approches scientifiques des connaissances écologiques des communautés locales et des peuples autochtones.

Cette démarche revêt une importance particulière pour le Cameroun. Au moment de la rédaction de cet article, aucune OECM du pays n’était enregistrée dans la base de données mondiale hébergée par Protected Planet. Le paysage du Dja représente donc une occasion de développer une approche crédible, soutenue par les communautés et susceptible de contribuer à l’engagement du pays en faveur de l’objectif 30x30.

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Aba'Akoum Village map

Le processus n’a pas encore atteint le stade de la désignation. Aucune OECM n’a été officiellement proposée ou reconnue dans le paysage du Dja. Les travaux en cours visent à établir le consentement des communautés, à réunir les données probantes nécessaires, à définir les dispositifs de gouvernance et à mettre en place des systèmes de suivi permettant d’évaluer les sites et de proposer ceux qui s’y prêtent.

Poser les bases d’OECMs efficaces

Les travaux de terrain menés par ACDEF Cameroun dans le cadre du projet Paysage du Dja, entre novembre 2025 et juin 2026, mettent en évidence des progrès dans cinq domaines clés.

1. Obtenir le consentement des communautés

Les initiatives de conservation ont davantage de chances de réussir lorsque les communautés les comprennent et y adhèrent. Les consultations ont touché 789 personnes dans 19 villages des communes de Somalomo, Ngoyla, Messok et Lomié. Avant le début des activités de terrain, chaque village a signé un accord de consentement libre, informé et préalable (CLIP).

Cette approche place l’accord des communautés au cœur du processus et contribue à établir une base légitime pour la création future d’espaces de conservation.

2. Identifier les zones à haute valeur de conservation

Grâce à la cartographie participative, les communautés ont produit 19 cartes validées, désormais conservées dans une base de données géospatiales opérationnelle.

Le processus a permis d’identifier plus de 100 sites potentiels à haute valeur de conservation. Ces espaces feront l’objet d’évaluations complémentaires afin de déterminer leur importance pour la conservation et leur aptitude à être proposés comme OECMs.

3. Renforcer les corridors fauniques et la connectivité des écosystèmes

La conservation de la biodiversité dépend de la continuité des habitats, qui permet aux animaux sauvages de se déplacer entre les espaces et contribue au maintien d’écosystèmes en bonne santé.

Le projet finalise actuellement des cartes préliminaires des corridors fauniques et des zones présentant des risques écologiques. Une campagne de sensibilisation sur les corridors de migration de la faune a touché 934 personnes dans 19 villages. Des émissions diffusées par la radio communautaire CODEDEM Nkoul Melab, à Lomié, ont également contribué à expliquer l’importance de la connectivité des habitats.

Ces activités soutiennent l’objectif plus large de création d’un paysage de conservation connecté autour de la Réserve de faune du Dja.

4. Mettre en place une gouvernance communautaire

Une conservation efficace nécessite des responsabilités de gestion clairement définies et des processus décisionnels inclusifs.

Quinze villages ont démocratiquement désigné 63 représentants appelés à siéger au sein des futures commissions communales de gestion du paysage. Les maires de Somalomo, Ngoyla et Messok ont également nommé des points focaux pour soutenir leur mise en place.

En outre, le projet a dressé le profil de 72 organisations communautaires susceptibles de contribuer à la gestion et à la protection de ces espaces.

Ensemble, ces mesures visent à relier le leadership communautaire aux institutions municipales et à renforcer les bases d’une conservation à long terme.

5. Développer des systèmes de suivi des résultats de conservation

Pour qu’un espace puisse être reconnu comme une OECM, il doit produire des résultats mesurables et durables en matière de biodiversité. Le projet a mis en place cinq comités pilotes communautaires de suivi de la faune et assuré la formation de leurs membres. Ces derniers ont été formés à l’utilisation du GPS, aux systèmes d’information géographique (SIG), à la télédétection et aux méthodes normalisées de suivi.

Une plateforme numérique de collecte de données est également opérationnelle sur cinq sites pilotes.

Ces systèmes aideront les communautés et les partenaires du projet à suivre les évolutions dans le temps et à produire les données nécessaires à l’évaluation des futures OECMs.

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family picture after map is completed

Promouvoir une conservation inclusive et équitable

Le Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal souligne que les espaces de conservation doivent faire l’objet d’une gouvernance équitable, garantissant la participation pleine et effective des peuples autochtones, des communautés locales et des femmes.

Le projet Paysage du Dja s’attache à traduire ce principe en pratique.

Parmi les 789 personnes consultées pendant la période considérée, 27 % étaient des membres du peuple autochtone baka, 42 % étaient des jeunes et 22 % étaient des femmes.

La participation des femmes reste un défi. Les structures coutumières dominées par les hommes, les responsabilités domestiques et les obstacles supplémentaires rencontrés par les femmes autochtones ont limité leur implication. Pour y remédier, le projet a organisé plusieurs consultations, adapté les supports de communication aux contextes culturels locaux et ajusté les horaires des réunions afin de faciliter la participation.

Le projet vise à ce que les femmes et les peuples autochtones représentent plus de 60 % de ses bénéficiaires directs. Cet engagement rejoint les ambitions du Cadre mondial de la biodiversité, notamment ses cibles 22 et 23, qui portent sur la participation, l’accès à la justice et l’égalité de genre dans les actions en faveur de la biodiversité.

Relever les défis à venir

Si les premiers résultats sont encourageants, plusieurs défis devront encore être relevés avant que les sites candidats puissent être officiellement évalués et reconnus comme OECMs.

  • Convenir des priorités de conservation : les données scientifiques et les connaissances locales devront être mises en commun pour déterminer les espaces à privilégier. Des évaluations approfondies de la haute valeur de conservation et du potentiel des OECMs permettront d’éclairer ces décisions.
  • Renforcer la confiance : certaines communautés restent prudentes, car les initiatives de conservation précédentes n’ont pas toujours apporté de bénéfices clairement perceptibles. La poursuite des consultations, le recours aux radios communautaires, la mise en place de structures de gestion représentatives et l’existence d’un mécanisme de gestion des plaintes à l’échelle du projet contribueront à renforcer la confiance.
  • Préserver les moyens de subsistance : les communautés dépendent des forêts pour l’agriculture, la chasse, la pêche et la collecte de produits forestiers non ligneux. Les futures mesures de conservation devront tenir compte de ces besoins. Des initiatives en faveur des moyens de subsistance accompagneront donc la prochaine phase d’évaluation.
  • Assurer un suivi à long terme : les comités communautaires de suivi auront besoin d’un soutien technique et institutionnel continu pour produire des données fiables et démontrer la pérennité des résultats de conservation.

La résolution de ces défis sera essentielle pour garantir que les futures OECMs soient à la fois efficaces sur le plan écologique et soutenues par les populations qui dépendent de ce paysage.

De la cartographie à la reconnaissance : les prochaines étapes

La prochaine phase permettra au projet de passer des travaux préparatoires aux évaluations approfondies et à la mise en œuvre.

Les activités prévues comprennent :

  • La réalisation d’évaluations détaillées des zones à haute valeur de conservation.
  • L’identification et l’évaluation des corridors fauniques et des connexions écologiques.
  • La réalisation d’évaluations formelles des OECMs au regard des critères applicables.
  • La création officielle, par décret, des commissions communales de gestion du paysage.
  • Le soutien à des initiatives de subsistance complémentaires aux efforts de conservation.
  • Le renforcement des systèmes de suivi communautaire et de gestion à long terme.

Les sites répondant aux critères applicables pourront ensuite être soumis à une reconnaissance nationale et, le cas échéant, déclarés dans la base de données mondiale des OECMs. Cette démarche ouvrirait la voie à une contribution du paysage du Dja aux progrès du Cameroun vers la cible 3.

La reconnaissance dépendra des résultats des évaluations et de la capacité des sites candidats à démontrer des résultats durables en matière de conservation ainsi qu’une gouvernance équitable.

Pourquoi l’approche du Dja compte pour le bassin du Congo

L’expérience qui se dessine dans le paysage du Dja offre des enseignements pour le Cameroun et les autres pays du bassin du Congo qui cherchent à atteindre des objectifs ambitieux en matière de biodiversité tout en soutenant les communautés qui dépendent depuis longtemps des ressources forestières.

Cette approche met en évidence quatre principes essentiels.

La conservation peut s’appuyer sur les pratiques de gestion communautaire existantes. Les OECMs permettent de reconnaître des espaces qui produisent des bénéfices durables pour la biodiversité en dehors des aires protégées officiellement désignées, sans entraîner automatiquement l’imposition de nouvelles restrictions propres aux aires protégées.

La connectivité compte autant que la superficie conservée. L’identification des corridors fauniques et la mise en relation des habitats peuvent renforcer la conservation à l’échelle de l’ensemble du paysage.

La participation communautaire renforce la légitimité. Commencer par obtenir le consentement des communautés, puis mettre en place des systèmes de gouvernance et de suivi avant de rechercher une reconnaissance officielle, contribue à instaurer une conservation crédible et soutenue localement.

La biodiversité et les moyens de subsistance doivent progresser ensemble. La protection des forêts autour du Dja peut contribuer à préserver les habitats d’espèces menacées, à maintenir des écosystèmes riches en carbone, à soutenir l’intégrité écologique d’un site inscrit au patrimoine mondial et à préserver les moyens de subsistance locaux.

Le projet Paysage du Dja contribue également aux objectifs plus larges du FEM et du Cadre mondial de la biodiversité en reliant la conservation de la biodiversité à une gouvernance inclusive, à l’égalité de genre et aux garanties environnementales et sociales.

Une voie communautaire vers l’objectif 30x30

Les progrès du Cameroun vers l’objectif mondial 30x30 dépendront non seulement des engagements nationaux, mais aussi des actions concrètes menées dans les paysages où biodiversité et moyens de subsistance humains sont étroitement liés.

Dans le Dja, ce travail est déjà engagé. Dix-neuf villages ont cartographié les espaces importants pour leur environnement et leur culture. Des représentants communautaires sont en cours de désignation, les systèmes de suivi se mettent en place et les bases nécessaires aux futures OECMs sont en cours d’établissement.

Le prochain défi consistera à transformer ces acquis en espaces de conservation officiellement évalués, efficaces et gérés de manière équitable.

En plaçant le consentement des communautés, les connaissances locales et la gestion responsable à long terme au cœur du processus, le projet Paysage du Dja aide le Cameroun à explorer une voie concrète vers son engagement 30x30 — une démarche qui se construit village après village, en plaçant la biodiversité et les moyens de subsistance au centre de l’action.

Sectors
Land Use & Spatial Planning
Biodiversity Conservation
Community Development