Les savoirs autochtones et le leadership des jeunes au cœur du premier webinaire de notre série « Congo Basin Voices »
L’Initiative pour les paysages du bassin du Congo (CBLI) a lancé, le 26 août 2025, sa série de webinaires « Congo Basin Voices », réunissant des représentants des peuples autochtones, de jeunes acteurs de la conservation et des chercheurs du bassin du Congo afin de promouvoir des approches innovantes pour la conservation de la deuxième plus grande forêt tropicale humide au monde.
L’événement virtuel, d’une durée de 75 minutes et auquel ont participé des représentants d’Afrique centrale et de l’Est, ainsi que d’Europe et des États-Unis, a mis en lumière des modèles réussis d’intégration des savoirs écologiques traditionnels aux approches scientifiques modernes de la conservation, dans le bassin du Congo, un un écosystème qui stocke quelque 30 milliards de tonnes de carbone.
Les réseaux communautaires au cœur des efforts de conservation
Prescilia Monireh, de l’ANAPAC-RDC (Alliance Nationale d'Appui et de Promotion des Aires et Territoires du Patrimoine Autochtone et Communautaire en RDC) , a présenté l’approche communautaire développée en République Démocratique du Congo, en soulignant le rôle central des femmes autochtones dans la conservation des forêts. « Les forêts sont à la fois la pharmacie, l’hôpital et le marché de nos communautés », a expliqué Mme Monireh, décrivant des pratiques traditionnelles telles que la gestion des plantes médicinales et l’utilisation alternée des ressources forestières, qui illustrent comment les moyens de subsistance peuvent être conciliés avec les objectifs de conservation.
Sa présentation a également mis en avant le réseau sous-régional du REPALEAC (Réseau des Populations Autochtones et Locales pour la Gestion Durable des Écosystèmes Forestiers d'Afrique Centrale), qui couvre huit pays. Les structures de gouvernance autochtone, ancrées dans les savoirs ancestraux, offrent des cadres efficaces pour la conservation à l’échelle des paysages et contribuent depuis des générations à préserver la biodiversité du bassin du Congo.
De jeunes scientifiques font le lien entre savoirs traditionnels et approches modernes
Brice Tsafack, représentant le REJEFAC (Réseau des jeunes pour les forêts d’Afrique centrale), a présenté la manière dont la nouvelle génération associe des méthodes scientifiques de pointe aux savoirs communautaires afin de mieux comprendre les écosystèmes essentiels. Les programmes de formation destinés aux étudiants et aux jeunes scientifiques visent notamment à leur permettre de mieux comprendre l’importance de la conservation et des partenariats avec les communautés.
Grace Mercia Bobangui, jeune chercheuse participant aux activités de formation du projet sur les tourbières du bassin du Congo, a partagé son expérience de travail dans les tourbières de la Cuvette centrale, qui stockent 29 milliards de tonnes de carbone, soit l’équivalent d’environ trois années d’émissions mondiales de combustibles fossiles.
Évoquant les formations pratiques réunissant de jeunes chercheurs en début de carrière issus d’universités de la région, elle a expliqué que leur approche de recherche combine des techniques avancées de cartographie avec des études de terrain menées en collaboration avec les communautés. Mme Bobangui a souligné la nécessité pour les chercheurs de travailler avec les communautés locales et d’apprendre de la richesse de leurs savoirs traditionnels. Selon elle, les chercheurs de sa cohorte ne sont plus simplement les acteurs de la conservation de demain : ils en sont déjà les acteurs d’aujourd’hui.
Des cadres politiques qui renforcent le leadership des peuples autochtones
Fabrice Inkonkoy, du PNUE (Programme des Nations Unies pour l'Environnement), a présenté les récentes évolutions en matière de politiques publiques, soulignant qu’à la suite de la décision historique adoptée lors de la COP16, les peuples autochtones disposent désormais d’un rôle de leadership formalisé au sein du cadre de la Convention sur la diversité biologique. « La conservation réussit lorsque les peuples autochtones sont au premier plan», a-t-il déclaré, présentant l’appui du PNUE à la mise en œuvre de ces cadres dans l’ensemble du bassin du Congo.
Marianna Osipova a présenté le programme du PNUE « We Are Nature: Youth Biodiversity Challenge », actuellement mis à l’essai au Kenya et en Afrique du Sud, avec l’ambition de toucher un million de jeunes dans 20 pays au cours des cinq prochaines années. Cette initiative s’appuie sur les résultats du Tide Turners Plastic Challenge, qui a mobilisé près d’un million de jeunes dans 61 pays.
La suite
Annie-Claude Nsom, qui a animé la session, a présenté plusieurs possibilités concrètes de collaboration, notamment l’élargissement des programmes de formation sur les tourbières du bassin du Congo et la mise à l’échelle des modèles de conservation communautaire qui ont fait leurs preuves dans la région.
La série de webinaires, organisée chaque trimestre, se poursuivra avec de prochaines sessions consacrées notamment à la prise en compte du capital naturel et aux mécanismes innovants de financement de la conservation. L’ensemble des supports des sessions sera ajouté à la Communauté de pratique du CBLI, dont l’accès permettra aux participants de poursuivre les échanges et la collaboration.
L’événement a mis en évidence la reconnaissance croissante des communautés autochtones et des jeunes chercheurs comme des partenaires essentiels et des co-leaders de la protection de l’un des écosystèmes les plus précieux au monde pour la stabilité climatique.