Un nouveau numéro spécial de Philosophical Transactions of the Royal Society B, intitulé « African tropical peatlands: function, value and vulnerability », rassemble des travaux de recherche sur les dimensions écologiques, climatiques et sociales des tourbières tropicales africaines, avec un accent particulier sur le bassin central du Congo.
Cette collection vient enrichir un corpus scientifique en pleine croissance sur l’un des paysages de tourbières les plus importants au monde. Les différentes contributions portent notamment sur la biodiversité, les dynamiques hydrologiques à long terme, les pressions liées au climat et à l’utilisation des terres, ainsi que sur la manière dont les communautés utilisent ces écosystèmes et s’y adaptent.
Cette recherche arrive à point nommé. Depuis que l’étendue et l’importance des tourbières de la Cuvette Centrale ont été mises en évidence par les travaux scientifiques de 2017, il est devenu de plus en plus prioritaire de comprendre le fonctionnement de ces écosystèmes — et de déterminer comment les protéger tout en soutenant les populations qui en dépendent.
Construire les connaissances et renforcer la coopération
L’accumulation de données scientifiques a contribué à renforcer l’attention internationale et la coopération autour des tourbières du bassin du Congo. La Global Peatlands Initiative (GPI) a joué un rôle central dans cette dynamique, en faisant progresser la protection des tourbières dans l’agenda politique mondial et en favorisant la coopération Sud-Sud et triangulaire entre gouvernements, chercheurs et organisations de la société civile.
En 2018, la République du Congo, la République démocratique du Congo et l’Indonésie ont signé la Déclaration de Brazzaville, établissant un engagement commun à protéger la Cuvette Centrale contre l’utilisation non réglementée des terres, le drainage et la dégradation.
Des programmes de recherche tels que CongoPeat, dirigé par l’Université de Leeds et soutenu par l’International Climate Initiative (IKI), ont également joué un rôle important dans la constitution de cette base de connaissances, notamment en cartographiant l’étendue et les stocks de carbone des tourbières du bassin central du Congo et en faisant progresser les recherches sur leur écologie, leur hydrologie et leur vulnérabilité.
Ensemble, ces efforts donnent une image plus claire des liens étroits entre la santé des tourbières, l’eau, les forêts, la biodiversité, le carbone et les moyens de subsistance des populations. Ils mettent également en évidence d’importantes lacunes dans les connaissances, notamment concernant les dynamiques hydrologiques et la manière dont ces écosystèmes pourraient réagir aux changements futurs du climat et de l’utilisation des terres.
Des connaissances à l’action à l’échelle du paysage
Pour l'Initiative pour les Paysages du Bassin du Congo (CBLI), cette base de connaissances croissante constitue un fondement important pour l’action sur le terrain.
La CBLI est une initiative multipays et multipartenaire dirigée par le PNUE, qui travaille avec les gouvernements et les parties prenantes pour promouvoir une utilisation durable des terres, la conservation de la biodiversité et la gestion durable des écosystèmes critiques du bassin du Congo, grâce à une prise de décision éclairée, à l’engagement des parties prenantes et à une action coordonnée.
Dans ce cadre, le projet sur les tourbières du bassin du Congo financé par l’IKI aide la République du Congo et la République démocratique du Congo à préserver les réserves de biodiversité, de carbone et d’eau du paysage Lac Télé–Lac Tumba. Financé par l’Initiative internationale pour le climat (IKI) du gouvernement allemand, le projet représente un investissement de près de 15 millions d’euros pour la période 2022–2027.
Cet investissement soutient des travaux portant sur la gouvernance, la planification de l’utilisation durable des terres, le suivi, le renforcement des capacités et l’engagement des parties prenantes. L’objectif est de renforcer les conditions nécessaires à une trajectoire de développement favorable à la biodiversité, tout en veillant à ce que la gestion des tourbières soit guidée par les meilleures connaissances scientifiques et locales disponibles.
Un exemple est le développement d’un Système d’aide à la décision hydrologique (HDSS). Développé avec les partenaires du projet, cet outil modélise la manière dont différents scénarios de développement et de changement climatique pourraient affecter les niveaux d’eau et le carbone contenu dans les tourbières du paysage.
Ses résultats soulignent l’importance de préserver les conditions hydrologiques dont dépendent les écosystèmes de tourbières, notamment lors de la planification d’interventions susceptibles de modifier le drainage ou les niveaux d’eau.
Le projet investit également dans les personnes et les institutions nécessaires pour inscrire ces efforts dans la durée — depuis les plateformes nationales et locales de parties prenantes jusqu’aux systèmes de suivi, au renforcement des capacités techniques et à la poursuite de la production de connaissances.
Une base de connaissances qui s’élargit pour protéger les tourbières
Les recherches scientifiques les plus récentes constituent une contribution importante à un effort beaucoup plus vaste visant à préserver l’avenir des tourbières du bassin du Congo. Elles renforcent notre compréhension de ces écosystèmes tout en mettant en évidence la nécessité de poursuivre la recherche, le suivi et la collaboration.
Pour la CBLI, l’enjeu consiste à contribuer à relier ces connaissances aux institutions, aux communautés, aux politiques et aux processus de planification qui façonnent l’avenir du paysage Lac Télé–Lac Tumba.
La protection des tourbières du bassin du Congo nécessitera des investissements et une collaboration durables — entre les pays et les institutions, mais aussi entre les scientifiques, les gouvernements et les communautés. En réunissant science, gouvernance, renforcement des capacités et action à l’échelle du paysage, la CBLI et ses partenaires contribuent à poser les bases de la conservation et de la gestion durable à long terme de ces écosystèmes d’importance mondiale.