D’un jardin à une forêt : les femmes de Dioula prennent en main la restauration de leurs terres

ESSOUNGUE_Medicinal Plant Nurseries
27 octobre 2026

Dioula, Moloundou, paysage du Dja, Cameroun — Septembre 2026

Ce qui a commencé comme un petit jardin de plantes médicinales derrière le centre de santé de Dioula est devenu une initiative communautaire de restauration couvrant plus de 2 500 hectares.

Portée par les femmes de l’Association Essoungue : l’Épanouissement des Familles de Dioula (AEEFD), cette initiative associe foresterie communautaire, restauration des terres, savoirs traditionnels et activités génératrices de revenus. Avec le soutien du projet Paysage du Dja financé par le FEM-8, l’association a obtenu une forêt communautaire de 2 546 hectares, mobilisé 137 ménages, planté 690 arbres et aménagé un jardin de plantes médicinales comprenant 18 espèces et 3 200 plants.

Ces résultats contribuent directement à l’objectif du projet Paysage du Dja, qui vise à placer 10 000 hectares sous restauration.

Image
ESSOUNGUE_Medicinal Plant Nurseries
Sécuriser une forêt communautaire

Une étape majeure a été franchie le 25 mars 2026, lorsque le ministre camerounais des Forêts et de la Faune a signé la convention provisoire de gestion n° 0016/CPG/MINFOF/SETAT/SG/DF/SDFC/SC/SRPSG, accordant à l’AEEFD une forêt communautaire de 2 546 hectares dans l’arrondissement de Moloundou, département de la Boumba-et-Ngoko, région de l’Est.

La forêt est répartie en trois blocs situés autour d’un affluent de la rivière Boumba et bordés à l’est par la route Mbandamé–Ndjong. La zone relève du domaine national et ne fait l’objet d’aucun autre titre d’exploitation forestière.

La convention provisoire accorde à l’association deux ans pour élaborer, avec l’administration forestière, un plan simple de gestion, préalable à la signature d’une convention définitive de gestion. Pendant cette période, le ministère s’est engagé à ne pas affecter la zone à un autre usage.

Pour les femmes de Dioula, la sécurisation de cette forêt représente bien plus qu’une reconnaissance juridique. Elle constitue le fondement de décisions collectives concernant la restauration, l’utilisation durable des ressources et le partage des bénéfices issus de la forêt. Le projet de forêt communautaire s’inscrit dans la même logique que la création du centre de santé du village : il reconnaît que la santé des habitants de Dioula et celle de la forêt qui les entoure sont étroitement liées.

Des cartes à l’action

Une fois la forêt communautaire sécurisée, l’AEEFD et ses partenaires ont entrepris d’identifier les zones nécessitant des travaux de restauration.

À travers des assemblées villageoises et des exercices de cartographie participative, les membres de la communauté ont repéré les terres dégradées, les anciennes jachères agricoles, les zones défrichées et les endroits où des essences précieuses avaient disparu. Cette démarche a permis de mobiliser 137 ménages autour de l’initiative.

La communauté a également joué un rôle central dans le choix des espèces à restaurer. Plutôt que de s’appuyer sur une liste standardisée, les habitants ont sélectionné les arbres et les plantes en fonction de leur importance écologique, économique, culturelle et médicinale.

Les espèces retenues comprennent le sapelli (Entandrophragma cylindricum), le manguier sauvage (Irvingia gabonensis), le safoutier (Dacryodes edulis), le kola amer (Garcinia kola), le cacaoyer (Theobroma cacao) et l’avocatier (Persea americana). L’ébène (Diospyros crassiflora) et l’ayous (Triplochiton scleroxylon) sont également prévus pour les prochaines campagnes de plantation.

Image
ESSOUNGUE_Medicinal Plant Nurseries--
690 arbres déjà plantés

La pépinière de l’association produit déjà des résultats concrets.

Au début de l’année 2026, les jeunes plants avaient suffisamment grandi pour être sortis de leurs sachets de pépinière et mis en terre. Des volontaires se sont organisés pour transporter et distribuer les plants. Treize membres de la communauté, dont huit femmes et cinq hommes, ont participé aux activités de plantation en avril et mai 2026.

Au total, 690 arbres ont été plantés : 450 cacaoyers, 153 avocatiers, 55 sapellis et 32 kolatiers amers.

La pépinière est désormais en cours de réapprovisionnement. Les membres préparent de nouveaux sachets de plantation, collectent des semis naturels en forêt, achètent des plants supplémentaires et mettent des graines en terre. Le sapelli, l’ébène et l’ayous viendront enrichir les plantations dès que leurs graines seront disponibles.

Les jeunes jouent également un rôle important en participant à l’arrosage, au désherbage, au rempotage et aux autres activités de la pépinière. À Dioula, la restauration devient progressivement un effort collectif impliquant les ménages et l’ensemble de la communauté, plutôt que la responsabilité d’un seul groupe.

Un jardin médicinal ancré dans les savoirs traditionnels

Les activités de restauration de l’association ont commencé sur une parcelle encore plus modeste : un terrain de 55 mètres sur 43 mètres, soit environ 2 365 mètres carrés, situé derrière le centre de santé de Dioula. Le jardin médicinal vise à promouvoir la santé en valorisant les connaissances et les pratiques thérapeutiques traditionnelles, en complément des médicaments produits industriellement et fournis par la pharmacie du centre de santé.

Le terrain a été offert par Thomas Ndjoumbè, notable du village âgé de 74 ans et guérisseur traditionnel respecté. Après avoir défriché et préparé le site, les membres de l’AEEFD ont collaboré avec des guérisseurs traditionnels pour identifier et collecter des plantes médicinales dans la forêt environnante.

Le jardin compte désormais 18 espèces médicinales et 3 200 plants. Les membres entretiennent les planches de culture en procédant régulièrement à l’arrosage et au désherbage. Un sentier a également été aménagé pour relier le jardin au village.

L’initiative répond à des objectifs sanitaires et économiques. Les plantes médicinales peuvent contribuer à soutenir les activités du centre de santé de Dioula, tandis que la vente de produits forestiers non ligneux peut générer des revenus pour financer l’achat de médicaments, de fournitures et répondre à d’autres besoins de la communauté.

Image
ESSOUNGUE_Medicinal Plant Nurseries-
Une restauration au service des moyens de subsistance

L’initiative de Dioula montre comment la restauration peut répondre simultanément à plusieurs priorités communautaires.

La forêt communautaire fournit un cadre pour la gestion durable des ressources forestières et la remise en état des zones dégradées. Les arbres fruitiers et les espèces cultivées, tels que le cacaoyer, l’avocatier, le safoutier et le kola amer, peuvent contribuer à la sécurité alimentaire et aux revenus des ménages, tandis que les essences forestières indigènes participent au rétablissement des fonctions écologiques et des habitats.

Le jardin médicinal apporte une dimension supplémentaire en reliant la conservation des forêts aux savoirs traditionnels et aux soins de santé locaux.

Ensemble, ces activités contribuent à la composante 2, produit 2.2 du projet Paysage du Dja financé par le FEM-8, qui promeut la restauration des forêts et la gestion durable des ressources forestières à travers la foresterie communautaire, tout en reconnaissant les droits et les priorités des peuples autochtones et des communautés locales.

La prochaine étape

Le travail ne fait que commencer.

Dans les prochains mois, l’AEEFD prévoit de semer des graines supplémentaires de sapelli, d’ébène et d’ayous, de finaliser la délimitation des zones dégradées à restaurer, de transplanter des plants dans la forêt communautaire et de préparer le plan simple de gestion nécessaire à l’obtention de la convention définitive de forêt communautaire.

D’un petit jardin médicinal à une forêt communautaire de 2 546 hectares, les femmes de Dioula montrent comment le leadership local peut transformer des projets de restauration en actions concrètes.

Leur expérience montre que lorsque les communautés disposent à la fois des droits nécessaires pour gérer leurs forêts et des moyens pour les restaurer, un jardin peut devenir le point de départ d’un paysage plus sain et plus résilient.

L’impact de ces activités sur les ménages, les femmes et les hommes, ainsi que sur la santé de la communauté locale, sera évalué après la récolte et la vente des produits issus de la forêt communautaire.

Sectors
Biodiversity Conservation
Community Development