Pour de nombreuses communautés vivant autour du Parc national de Lobéké, dans l'est du Cameroun, la forêt est bien plus qu'un espace naturel : elle constitue une source essentielle de revenus, d'alimentation et de savoirs traditionnels. Des produits forestiers non ligneux tels que le njansang (Ricinodendron heudelotii) ou la mangue sauvage jouent un rôle central dans les économies locales, permettant aux ménages de financer les frais de scolarité, les soins de santé ou d'autres dépenses essentielles, tout en perpétuant un lien étroit avec les paysages forestiers.
Pendant longtemps, cependant, les communautés autochtones Baka et les communautés bantoues voisines ont eu des difficultés à tirer pleinement profit de ces ressources.
Faute d'équipements adaptés et d'infrastructures de stockage, les producteurs étaient souvent contraints de vendre rapidement leur récolte à des intermédiaires, à des prix peu avantageux. Cette situation limitait non seulement leurs revenus, mais aussi leur capacité à organiser des ventes collectives et à négocier de meilleures conditions commerciales.
La transformation du njansang elle-même demandait un travail physique important, prenait beaucoup de temps et restait difficile à organiser collectivement.
« Nous avions beaucoup de difficultés à transformer le njansang parce que nous ne disposions pas du matériel nécessaire », se souvient Nicole Yele, femme autochtone Baka du village de Dioula. « Même lorsque la récolte était bonne, nous ne pouvions pas transformer toute la production. »
Renforcer les moyens de subsistance grâce à des solutions concrètes
Une nouvelle dynamique est aujourd'hui en cours grâce au Projet de Gestion intégrée des paysages forestiers du Cameroun dans le Bassin du Congo, financé par le Fonds pour l'environnement mondial (GEF-7). Ce projet s'inscrit dans le Programme Intégré sur les Forêts du Bassin du Congo et contribue aux objectifs plus larges de la Congo Basin Landscapes Initiative (CBLI), coordonnée par le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE).
Autour du Parc national de Lobéké, le projet accompagne les communautés afin de renforcer les moyens de subsistance fondés sur les ressources forestières et d'améliorer les chaînes de valeur des produits forestiers non ligneux.
Avec l'appui de son partenaire de mise en œuvre local ROSE — un réseau d'organisations de la société civile du sud-est du Cameroun — le projet a soutenu onze groupes communautaires répartis dans quinze villages en leur fournissant des équipements adaptés : brouettes, marmites, bassines, machettes, gants de protection, ainsi que du matériel de séchage et de stockage.
Des équipements simples, mais dont les effets se font rapidement sentir.
Les groupes sont désormais capables de transformer et de stocker de plus grandes quantités de njansang, d'organiser des ventes collectives et de négocier de meilleurs prix.
Au cours des dernières campagnes de récolte, le prix de vente du njansang est ainsi passé de 2 500 FCFA à 4 500 FCFA par combo (bol d'environ trois litres).
Pour le Groupement d'Initiative Commune Réseau des Femmes de l'Arrondissement de Salapoumbé (GIC RAFASAL), ces ventes collectives ont permis de générer plus de 20 millions de FCFA, le revenu le plus élevé jamais enregistré par l'association.
« Avant, nous étions obligées de vendre rapidement parce que nous avions besoin d'argent immédiatement et que nous ne pouvions pas conserver les produits », explique Madame Bekolo Rosette épouse Makélé, Présidente du GIC RAFASAL. « Aujourd'hui, nous pouvons mieux nous organiser et attendre des acheteurs proposant de meilleurs prix. »
Donner aux communautés une plus grande marge de décision
Au-delà des équipements, le projet a accordé plus de 6 millions de FCFA de subventions aux groupes communautaires.
Ces fonds permettent de réduire la pression qui pousse souvent les ménages à vendre immédiatement leurs récoltes pour faire face à des dépenses urgentes, telles que les soins de santé, les frais de scolarité ou les cérémonies funéraires.
En disposant d'une plus grande marge de manœuvre financière, les groupes peuvent mieux planifier le stockage des produits et organiser des ventes collectives à des périodes plus favorables.
Le projet soutient également un mécanisme local de solidarité appelé LOUFONO, qui signifie « changement » en langue bangando.
À travers ce dispositif géré par les communautés elles-mêmes, les membres développent leurs compétences en gestion financière, tenue des registres et gouvernance des fonds communautaires.
Des économies forestières au service de la conservation
Au-delà de l'amélioration des revenus, le projet contribue au renforcement de systèmes communautaires de gestion des ressources forestières.
Pour de nombreuses communautés Baka, l'accès aux produits forestiers demeure intimement lié aux pratiques culturelles, aux savoirs traditionnels et aux moyens de subsistance.
L'expérience menée autour de Lobéké met en évidence un enseignement plus large : la gestion durable des forêts est souvent plus efficace lorsque les communautés participent directement aux décisions concernant l'utilisation, la valorisation et la gestion des ressources naturelles.
À travers le Bassin du Congo, les communautés font déjà face aux effets combinés de la dégradation des écosystèmes, du changement climatique et de la vulnérabilité économique.
Cette expérience montre que des appuis concrets — qu'il s'agisse d'équipements de transformation, de capacités de stockage ou de mécanismes communautaires de financement — peuvent améliorer durablement les conditions de vie tout en contribuant aux objectifs de conservation.
Alors que les activités s'étendent progressivement à d'autres produits forestiers non ligneux, notamment la mangue sauvage, les communautés de l'est du Cameroun démontrent qu'une économie forestière organisée localement peut renforcer simultanément la résilience des ménages et la gestion durable des forêts.
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À propos de la Congo Basin Landscapes Initiative (CBLI)
La Congo Basin Landscapes Initiative (CBLI) est une initiative régionale dirigée par le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) qui promeut des approches intégrées de gestion des paysages dans le Bassin du Congo. À travers des partenariats avec les gouvernements, les communautés locales, les institutions de recherche et les organisations régionales, elle soutient la conservation de la biodiversité, la gestion durable des terres, la résilience climatique et l'amélioration des moyens de subsistance. L'initiative regroupe des programmes financés notamment par le Fonds pour l'environnement mondial (FEM/GEF) et l'Initiative internationale pour le climat (IKI).
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Cet article est une adaptation d'un reportage réalisé par les partenaires du projet. Pour en savoir plus sur le Projet de Gestion intégrée des paysages forestiers du Cameroun dans le Bassin du Congo (GEF-7), consultez les ressources du projet.