Contexte
Situé dans le sud-est du Cameroun, le paysage du Dja s’étend sur des millions d’hectares de forêt tropicale du bassin du Congo, parmi les écosystèmes les plus riches en biodiversité et les plus importants sur le plan écologique. Il abrite notamment des éléphants de forêt, des gorilles des plaines de l’Ouest et de nombreuses espèces endémiques. Depuis longtemps, la gestion de ce paysage repose sur un équilibre délicat entre les impératifs de conservation et les moyens de subsistance des communautés qui dépendent de ses ressources.
Dans le cadre de l’Initiative pour les paysages du bassin du Congo (CBLI), le Programme intégré du biome des forêts critiques du Congo (GEF-8), mis en œuvre par le Ministère camerounais de l’Environnement, de la Protection de la Nature et du Développement durable, sous la supervision technique du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), adopte une approche qui vise à transformer cette dynamique. Elle repose sur une conviction claire : une participation réelle des communautés ne constitue pas seulement une exigence de sauvegarde — elle est un moteur essentiel de la réussite à long terme.
Le CLIP : de l’exigence de conformité à un levier de transformation
En faisant du consentement libre, informé et préalable (CLIP) un principe fondamental plutôt qu’une simple étape procédurale, le projet Paysage du Dja fait évoluer les pratiques de gouvernance de la conservation.
À travers le paysage, les processus de CLIP ont progressivement permis aux communautés de passer du statut de bénéficiaires à celui d’acteurs à part entière des décisions qui les concernent. Dans la commune de Mintom, des processus structurés de CLIP ont créé des espaces de dialogue, renforcé la confiance entre les communautés et les autorités locales et favorisé une plus grande responsabilité partagée avec les acteurs chargés de la mise en œuvre du projet.
Cette démarche inclusive a également conduit à une avancée institutionnelle importante : le maire de Mintom a créé un comité ad hoc chargé de mettre en place la Commission municipale de gestion du paysage (CMGP), une structure de gouvernance novatrice qui marque une évolution concrète vers une gestion du paysage plus décentralisée et davantage fondée sur la participation des communautés. Des avancées similaires sont également enregistrées dans les communes de Somalomo et Ngoyla, dans la région de l’Est.
Une avancée institutionnelle majeure
La mise en place de la Commission municipale de gestion du paysage (CMGP) de Mintom constitue une étape importante dans le développement d’une gouvernance décentralisée de la conservation au Cameroun — directement issue d’un processus d’engagement communautaire mené dans le respect des principes du CLIP.
Au niveau local : rapprocher conservation et bien-être des communautés
C’est au niveau des villages que les effets du CLIP sont les plus concrets.
À Dioula, un village de la région de l’Est du Cameroun, le processus de CLIP a contribué à faire émerger des initiatives de développement portées par la communauté et directement liées à ses priorités et aspirations.
Avec le consentement et la participation active de la communauté, un projet de forêt communautaire est en cours de mise en place. Dans le cadre de cette initiative pilote, un jardin de plantes médicinales est développé comme fondement d’une pharmacie communautaire locale, créant un lien direct entre conservation de la biodiversité, santé et moyens de subsistance durables.
L’appropriation locale de l’initiative se manifeste également par un geste concret : un habitant a volontairement mis une parcelle de terrain à disposition du projet, témoignant du niveau d’engagement et de confiance suscité par le processus.
Ces résultats s’inscrivent pleinement dans la vision de la CBLI : promouvoir des moyens de subsistance durables et des solutions portées par les communautés, en associant les savoirs traditionnels aux approches contemporaines de conservation.
Renforcer la responsabilité : le mécanisme de gestion des plaintes
Le CLIP est complété par la mise en place d’un Mécanisme de gestion des plaintes (MGP) dans les localités de Djoum, Mintom, Oveng, Mvangan et Somalomo, renforçant ainsi la transparence et la responsabilité dans la gouvernance du projet.
Le MGP offre aux Peuples autochtones et aux communautés locales un dispositif accessible et adapté au contexte culturel pour faire part de leurs préoccupations, demander des éclaircissements et veiller au respect de leurs droits.
En intégrant des mécanismes de retour d’information et de réponse dans les systèmes de gouvernance du projet, le MGP contribue à faire du CLIP non pas un processus ponctuel, mais une démarche continue et évolutive.
Ensemble, le CLIP et le MGP contribuent à construire une nouvelle architecture de gouvernance dans le paysage du Dja : une gouvernance plus inclusive, responsable et conçue pour renforcer la résilience à long terme. Ils permettent aux communes, aux autorités coutumières et aux communautés de construire des solutions conjointes et d’intégrer les priorités locales dans les processus de planification territoriale.
Enseignements et prochaines étapes
L’expérience de Mintom et de Dioula porte un enseignement qui dépasse largement les limites du paysage du Dja : des résultats durables en matière de conservation ne peuvent être obtenus que lorsque les communautés sont pleinement informées, véritablement consultées et effectivement associées aux décisions.
Le CLIP n’est donc pas simplement une étape procédurale. Il peut contribuer à renforcer la confiance, à faire émerger des initiatives locales et à créer les conditions d’un changement durable.
Alors que le projet se poursuit, les premiers résultats sont déjà visibles : des institutions renforcées, des communautés davantage impliquées et une vision partagée d’un avenir où les populations et la nature peuvent prospérer ensemble.
Dans le paysage du Dja, cette approche montre que conservation et développement communautaire ne sont pas deux objectifs concurrents : ils sont étroitement liés.