L’agriculture que l’on ne voit pas- Repenser l’utilisation des terres dans le Bassin du Congo

Field in forest-Green peace
25 août 2026
Une vision incomplète

Lorsque l’on parle de déforestation dans le Bassin du Congo, l’attention se porte souvent sur les grandes plantations industrielles et les pertes de couvert forestier facilement visibles.

Des recherches menées par la Liverpool John Moores University dans le cadre du Programme intégré sur les forêts du Bassin du Congo du FEM-7, mis en œuvre à travers l’Initiative pour les paysages du Bassin du Congo (CBLI) dirigée par le PNUE, contribuent à mieux comprendre comment l’expansion agricole façonne les paysages d’Afrique centrale et participe à la déforestation.

Dans la région, une grande partie de cette expansion est diffuse, à petite échelle et difficile à détecter avec les données conventionnelles sur l’utilisation des terres. Plutôt que de vastes plantations continues, de nombreux paysages sont constitués de mosaïques de petites exploitations, de systèmes agroforestiers, de jachères et de zones forestières partiellement aménagées.

Cela est important, car la manière dont l’utilisation des terres est mesurée influence la façon dont elle est comprise — et, au final, la manière dont elle est gérée.

Voir au-delà des cartes

Les données conventionnelles mettent en évidence les plantations industrielles et les grandes zones défrichées, mais rendent souvent moins visibles les systèmes agricoles dispersés à petite échelle, les mosaïques agroforestières et les formes d’expansion agricole informelles qui façonnent une grande partie du Bassin du Congo.

Lorsque les politiques se concentrent principalement sur l’agriculture industrielle, elles risquent de sous-estimer l’impact cumulé des systèmes agricoles dispersés et des paysages de production informels.

De meilleures données spatiales ne servent donc pas uniquement à améliorer les cartes : elles permettent aussi de mieux identifier les acteurs, les pressions et les arbitrages qui doivent être pris en compte dans les décisions..

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Regarder au-delà des cultures

Les recherches soulignent également l’importance de ne pas se limiter au type de culture pour évaluer les impacts environnementaux.

Contrairement à certaines régions d’Asie du Sud-Est, où les grandes plantations de palmier à huile constituent un facteur majeur de déforestation, l’expansion agricole dans le Bassin du Congo repose sur une diversité de cultures — notamment le palmier à huile, le manioc, le maïs, le sorgho, le cacao et d’autres cultures — produites en grande partie dans le cadre de systèmes agricoles dispersés à petite échelle.

Une grande partie de cette expansion est liée aux moyens de subsistance ruraux et à une faible productivité agricole plutôt qu’au développement de grandes exploitations industrielles.

Le palmier à huile, par exemple, produit beaucoup plus d’huile par hectare que de nombreuses autres cultures oléagineuses. Dans certaines conditions, des systèmes de production plus productifs peuvent donc réduire la superficie nécessaire pour répondre à la demande. Les impacts environnementaux dépendent ainsi non seulement de ce qui est cultivé, mais aussi de l’endroit et de la manière dont la production s’étend — et de la question de savoir si cette expansion se fait au détriment de forêts intactes ou sur des terres déjà dégradées.

Les politiques qui cherchent à limiter certaines cultures sans tenir compte de la productivité, de l’efficacité dans l’utilisation des terres et des systèmes de production locaux peuvent involontairement déplacer les pressions ailleurs plutôt que de les réduire.

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Vers des décisions plus efficaces en matière d’utilisation des terres

L’étude de la Liverpool John Moores University met en évidence plusieurs priorités pour améliorer la planification de l’utilisation des terres dans le Bassin du Congo :

  • intégrer les systèmes agricoles dispersés à petite échelle dans l’analyse de l’utilisation des terres ;
  • améliorer la productivité agricole avant d’étendre les superficies cultivées ;
  • renforcer les informations spatiales sur les systèmes agricoles informels ;
  • orienter, lorsque cela est approprié, l’expansion agricole vers les terres dégradées ;
  • renforcer la coordination entre planification de la conservation et planification agricole ; et
  • développer des incitations financières permettant aux communautés de contribuer au maintien des forêts et de la faune sauvage.

Ce type de données contribue à renforcer les liens entre science et politiques publiques et à favoriser des approches de planification plus adaptées aux réalités des paysages soutenus par la CBLI.

Mieux comprendre les paysages

Le Bassin du Congo est souvent présenté à travers des récits simplifiés sur l’agriculture et la perte des forêts. Pourtant, ses paysages sont beaucoup plus dynamiques et hétérogènes que ne le laissent entendre ces représentations.

Comprendre où l’expansion agricole se produit, ce qui la stimule et comment les différents systèmes de production influencent les paysages forestiers est essentiel pour concevoir des politiques qui tiennent compte des réalités du Bassin du Congo.

À mesure que l’analyse spatiale et les données sur l’utilisation des terres s’améliorent, elles offrent de nouvelles possibilités pour soutenir une gestion des terres plus éclairée, adaptée aux contextes locaux et capable d’évoluer avec les changements observés dans les paysages.