Projet Paysage du Dja : Cartographier les radios communautaires pour renforcer l’information locale, la transparence et la redevabilité

Studio view Radio Akok-Afem in Djoum
31 août 2026

Dans les communautés qui entourent la Réserve de faune du Dja, la radio fait déjà partie du quotidien. Les agriculteurs l’écoutent pendant leur travail, les familles se retrouvent autour des émissions le soir, et les communautés reçoivent des informations dans les langues qu’elles comprennent et utilisent au quotidien, notamment le nzime, le maka'a, le fang, le bulu, le baka, le français et l’anglais.

Pour le Projet Paysage du Dja du FEM-8, ce réseau de communication existant représente une opportunité importante : plutôt que de créer de nouveaux canaux pour communiquer avec les communautés, le projet peut renforcer et utiliser les radios communautaires qui touchent déjà les populations sur le terrain.

Cette approche est particulièrement importante à la suite du processus de consentement libre, préalable et éclairé (CLIP). Le CLIP n’est pas une consultation ponctuelle. Il implique une responsabilité continue de veiller à ce que les communautés restent informées des activités, engagements, opportunités, mesures de sauvegarde et résultats du projet, et disposent de moyens accessibles pour poser des questions, donner leur avis et faire part de leurs préoccupations.

Les radios communautaires peuvent contribuer à transformer cet engagement en un système pratique et continu de communication.

Cartographier les voix qui touchent déjà les communautés du paysage du Dja

Du 9 au 16 août 2026, le Projet Paysage du Dja a mené une mission dans les départements du Haut-Nyong, du Dja-et-Lobo et de la Mvila afin d’identifier et d’évaluer les radios communautaires opérant dans et autour du paysage du Dja.

La mission a couvert plus de 1 000 kilomètres et permis de visiter six radios communautaires :

  • Radio Communautaire Metoung, à Abong-Mbang
  • Radio CODEDEM Nkul-Melab, à Lomié
  • Radio Mintom, à Mintom
  • Akok-Afem Community Radio, à Djoum
  • Zen Radio, à Sangmelima
  • Radio Communautaire de Développement de la Mvila (RCDM), à Ebolowa
Image
External view of Radio Metoung in Abong-bang
External view of Radio Metoung in Abong-bang
Image
Solar Panel of Radio CODEDEM Nkul-Melab
Solar panels of Radio CODEDEM Nkul-Melab
Image
Technical Dashboard of RCDM in Ebolowa
Technical Dashboard of RCDM in Ebolowa

 

Image
Cross view of Zen Radio Studio
Cross view of Zen Radio Studio

Chaque station a été évaluée à l’aide d’un protocole commun portant notamment sur les capacités techniques, les dispositifs institutionnels, la programmation, les équipements des studios, les questions de genre et d’inclusion, ainsi que les témoignages des acteurs communautaires.

Les résultats sont clairs : le Projet Paysage du Dja n’a pas besoin de créer un réseau de communication à partir de zéro. Le réseau existe déjà.

Ensemble, ces six stations constituent une plateforme potentiellement puissante pour atteindre les communautés autour du paysage de la Réserve de faune du Dja. Leurs programmes peuvent créer un lien régulier entre les informations sur le projet et les personnes directement concernées par les activités de conservation et de développement durable du paysage, qui y participent ou qui en bénéficient.

Du CLIP à une information communautaire continue

La valeur des radios communautaires va au-delà de la diffusion d’annonces sur le projet.

Après le CLIP, les communautés doivent continuer à avoir accès à des informations compréhensibles et pertinentes localement sur ce qui a été convenu, les activités du projet, les ressources et opportunités disponibles et l’état d’avancement de la mise en œuvre.

La radio peut contribuer à rendre ces informations publiques et accessibles.

Des émissions régulières pourraient présenter les activités du projet, les mesures de conservation, les bénéfices pour les communautés, les mesures de sauvegarde environnementale et sociale, les progrès réalisés et les prochaines étapes. Des émissions interactives pourraient permettre aux auditeurs de poser directement leurs questions. Des magazines pourraient rendre compte des activités sur le terrain et donner aux membres des communautés l’occasion de partager leurs expériences.

Cela permettrait de mettre en place un modèle de communication à double sens : le projet informe les communautés, tandis que les communautés informent également le projet.

Une telle approche peut renforcer la transparence et la redevabilité en veillant à ce que l’information ne reste pas limitée aux bureaux du projet, aux réunions ou aux rapports écrits, qui ne sont pas toujours facilement accessibles à tous.

Image
A pose with staff of Radio CODEDEM Nkul-Melab in Lomie
A pose with staff of Radio CODEDEM Nkul-Melab in Lomie
Veiller à ce que les communautés baka participent pleinement aux échanges

L’un des principaux enseignements de la mission de cartographie concerne les communautés autochtones baka.

Sur les six stations évaluées, seules Radio CODEDEM Nkul-Melab et Radio Mintom diffusent actuellement en baka. Ensemble, elles couvrent des communautés directement concernées par la mise en œuvre du projet ainsi que des zones situées à l’intérieur de la forêt.

Leur rôle devrait donc être central dans la stratégie de communication du projet.

Pour les communautés baka, recevoir des informations dans une langue qu’elles comprennent est essentiel à une participation réelle. Une communication uniquement en français ne peut pas constituer une base suffisante pour assurer une participation, une transparence et une redevabilité continues.

Le projet devrait donc envisager des programmes réguliers en langue baka comme une composante essentielle de son approche de communication, plutôt que de considérer la traduction comme une étape secondaire.

Cela implique de soutenir des émissions conçues avec des présentateurs et contributeurs baka, de créer un espace pour les points de vue baka et de veiller à ce que les informations sur les activités du projet soient diffusées sous des formes adaptées et culturellement pertinentes.

Surtout, les émissions ne devraient pas simplement expliquer aux communautés ce que fait le projet. Elles devraient leur permettre de partager leurs expériences, de poser des questions, d’exprimer leurs préoccupations et de contribuer avec leurs connaissances.

Six stations, des rôles différents au sein d’un même réseau de communication

L’évaluation fournit également une base pour la mise en place d’un Réseau des radios communautaires du paysage du Dja.

Au regard de leurs capacités institutionnelles, de leur proximité et de leur couverture des communautés, Radio Mintom, Radio CODEDEM Nkul-Melab, Zen Radio et Akok-Afem constituent le noyau opérationnel potentiel du réseau.

Metoung et RCDM Mvila, malgré des scores institutionnels plus faibles, restent stratégiquement importantes, car chacune permet d’atteindre une communauté bénéficiaire qui disposerait autrement d’un accès limité à la radio.

La mission a également identifié Somalomo comme une localité insuffisamment couverte par le réseau de radios cartographié. Cette lacune est importante : elle montre que, aussi puissante soit-elle, la radio ne peut pas être le seul moyen de communication. Le projet devra prévoir des approches complémentaires pour les communautés qui ne bénéficient pas d’une couverture radio fiable.

L’objectif ne devrait donc pas être de créer un système uniforme. Chaque station pourrait plutôt jouer un rôle défini dans une architecture de communication plus large, en fonction de sa couverture, de ses capacités linguistiques et techniques et de sa proximité avec les communautés du projet.

Investir dans les capacités, pas seulement dans le temps d’antenne

L’évaluation montre que les principales contraintes rencontrées par les stations sont remarquablement similaires.

Les six stations ont identifié le financement et les moyens de transport pour se rendre sur le terrain comme des défis majeurs. Cinq disposent d’un accès limité aux formations professionnelles, tandis que quatre fonctionnent avec des équipements vieillissants ou insuffisants. Trois stations ne disposent pas de connexion Internet et leurs équipes doivent utiliser leurs données mobiles personnelles pour travailler. Seule Zen Radio a signalé disposer d’une connectivité fiable.

Ces contraintes sont importantes car une radio communautaire efficace nécessite plus que l’achat de temps d’antenne.

Les journalistes et présentateurs doivent pouvoir comprendre les enjeux environnementaux et sociaux, produire des reportages fiables depuis des communautés éloignées, mener des interviews inclusives et communiquer des informations complexes sur le projet dans un langage accessible. Ils ont également besoin d’équipements fiables et de moyens pour se déplacer dans les communautés et documenter ce qui s’y passe.

L’investissement dans les radios communautaires devrait donc inclure les équipements, la connectivité, la mobilité, la formation et la production de contenus locaux, en complément du soutien à la diffusion.

Deux sessions de formation en journalisme environnemental, des équipements d’enregistrement de terrain, une meilleure connectivité et un soutien à la mobilité pourraient renforcer considérablement la capacité du réseau à fournir des informations fiables pendant toute la durée de mise en œuvre du projet.

Image
Partial view of RCDM in Ebolowa
Partial view of RCDM in Ebolowa
Rendre l’information sur le projet accessible et vérifiable

Un réseau de radios communautaires renforcé peut devenir un mécanisme important de transparence pour le Projet Paysage du Dja.

Par exemple, les émissions pourraient régulièrement informer les communautés sur :

  • les activités prévues et les lieux où elles seront mises en œuvre ;
  • ce que les communautés peuvent attendre du projet ;
  • les bénéfices et opportunités disponibles et les moyens d’y participer ;
  • les engagements pris dans le cadre du processus de CLIP ;
  • les progrès réalisés dans la mise en œuvre de ces engagements ;
  • les mesures de sauvegarde environnementale et sociale et les moyens de faire part de préoccupations ;
  • les résultats et enseignements issus des activités du projet ;
  • les points de contact et les mécanismes de retour d’information et de plaintes.

Ce flux régulier d’informations peut permettre aux communautés de suivre elles-mêmes la mise en œuvre du projet, plutôt que de dépendre uniquement de réunions ponctuelles ou d’intermédiaires.

Le résultat pourrait être une meilleure visibilité des activités du projet et, potentiellement, un renforcement de la redevabilité publique.

La radio comme pont à double sens

La plus grande valeur de la radio communautaire ne réside pas seulement dans sa capacité à transmettre de l’information. Elle réside dans sa capacité à créer un pont à double sens entre le projet et les communautés qu’il accompagne.

Les émissions interactives, les interviews communautaires, les magazines, les microprogrammes et les spots radio peuvent tous être conçus pour encourager la participation.

Un agriculteur peut poser une question. Un membre d’une communauté baka peut expliquer comment une activité du projet affecte sa communauté. Un responsable local peut apporter des précisions sur une préoccupation. Un représentant du projet peut répondre publiquement. Un journaliste peut retourner sur le terrain pour vérifier les informations rapportées.

La radio devient ainsi un élément d’un système plus large de retour d’information et de redevabilité..

Un investissement de six ans aux bénéfices durables

Le renforcement des radios communautaires devrait être considéré comme un investissement à long terme et non comme une simple dépense de communication à court terme.

Un investissement initial dans la connectivité, les équipements de terrain, les moyens de transport et la formation professionnelle peut permettre de renforcer des capacités qui continueront à servir le projet pendant ses six années de mise en œuvre. Les infrastructures et compétences développées dès la première année pourront soutenir pendant plusieurs années les activités de diffusion, de reportage communautaire et de retour d’information.

Cela est particulièrement important car la conservation et le développement durable sont des processus de long terme. Les changements de comportement ne peuvent pas être obtenus au moyen de campagnes isolées. Ils nécessitent un engagement continu, des informations répétées et des messages diffusés dans des langues et sous des formats que les communautés comprennent et auxquels elles font confiance.

Des communautés informées, entendues et engagées

La mission de cartographie montre que le Projet Paysage du Dja dispose déjà d’un atout important en matière de communication autour du paysage.

Six radios communautaires sont prêtes à contribuer. Leur couverture combinée, leur présence locale et leur diversité linguistique offrent la possibilité de construire un système de communication qui ne se limite pas à informer les communautés sur les activités du projet.

Avec les investissements nécessaires, ces stations peuvent contribuer à garantir que les engagements pris dans le cadre du CLIP restent visibles après le processus de consultation ; que les informations sur le projet atteignent les bénéficiaires sur le terrain ; que les communautés autochtones baka puissent participer dans leurs propres langues ; et que les communautés disposent régulièrement de moyens pour questionner, réagir et suivre la mise en œuvre du projet.

Les radios communautaires ne devraient donc pas être considérées simplement comme un canal permettant au Projet Paysage du Dja de s’exprimer, mais comme une plateforme permettant aux communautés d’écouter, de répondre, de participer et de demander des comptes au projet.

Dans le paysage du Dja, les infrastructures nécessaires à ce dialogue existent déjà. La prochaine étape consiste à les équiper, à les connecter et à placer les voix locales — notamment celles des communautés autochtones baka — au cœur du parcours du projet vers davantage de transparence, de participation et de conservation.

Sectors
Community Development